Compound XV Collection FRAC Auvergne
Soleil Rouge FRAC Auvergne Issoire
Présentation
De 1998 à 2001 j’ai travaillé des séries de peintures qui développaient des points de vues antinomiques, des sensations différentes. Je mettais en quelque sorte en scène une collision de l’agir et de la pensée en différents laps de temps pour que se dégage au sein du tableau une incongruité qui dérange la touche, la dénature, bouscule le tableau et le recompose à partir de ses propres gradations (série synesthésie, série disjonctions).
En procédant ainsi par transparence, par trame successive, par strates, le tableau contient un grand nombre d’informations simultanées. C’est une accumulation de pensées, une perpétuelle association de signes divers. Les éléments parfois opposés se mêlent pour représenter ce que l’on peut voir : un agrégat souvent disjoint où l’on reconnaît la manière dont les pensées se succèdent et s’emboîtent librement. Le champ d’exploration s’en trouve volontairement flou.
De 2001 à 2005, ce que je cherchais sur une seule toile et en série, se déplaça sur des compositions de plusieurs toiles, des polyptyques souvent de petits formats ( série Compound).
Vue de l'exposition n'entre pas sans violence-2004 La Tolerie Clermont Ferrand
Même si l’image peinte reste souvent floue, ce n’est plus l’emboîtement, la stratification de la pensée qui oeuvre sur le support mais plutôt la question du temps et l’analyse de la qualité évocatrice des images qui nous entourent afin de mieux percevoir la relation temps/sens. C’est comme si je fragmentais le travail antérieur, revenant à une touche maigre et y associant une temporalité quasi cinématographique dans le montage et dans la lecture. En effet le cinéma et sa plasticité ont aujourd’hui résolument imprégné mon travail.
Image et mode de production
Mon travail artistique se concentre sur le lien qui existe entre
l’image créée et l’expérience qui est
en train de la créer. Je cherche à définir dans
quelle mesure l’amplification des mouvements de la perception
varie suivant la nature et la qualité de l’image peinte.
Pour abolir les codes contraignants comme le style, la
paternité, la dextérité, la déclinaison
d’un motif, j’élabore un travail de
synesthésie, c’est-à-dire d’association
spontanée fonctionnant par correspondances aléatoires de
sensations qui appartiennent à des domaines différents.
Cette expérience se fera au départ sur des toiles uniques
puis se développera sur des polyptyques de petits formats.
Le cadre des représentations n’est en rien
cloisonné. Il se veut au contraire riche, varié, empreint
d’expériences au contenu affectif, historique,
éthique, politique, culturel. Cette agrégation
systématique et présente dans beaucoup
d’œuvres permet au regard de se détourner des objets
et des images du monde et de leur contenu afin de privilégier
les amalgames, d’affirmer d’autres logiques, d’autres
choix de lecture plaçant le sens de l’œuvre en
retrait. J’applique ainsi à la mesure de mon travail une
discipline de mise hors jeu du jugement de valeur,
c’est-à-dire de notre tendance spontanée à
mêler l’affect à la compréhension.
Vue de l'exposition n'entre pas sans violence-2004 La Tolerie Clermont Ferrand
Le fait de créer un cadre de mise entre parenthèses du
monde objectif dans son ensemble me permet d’échapper
à l’emprise habituelle qu’exercent sur nous les
objets et les évènements.
Refus de style
Je ne me considère pas le peintre d’un seul style. Mon
souci est d’alterner au gré des toiles, figuration,
références photographiques, hyperréalisme,
floutage, abstraction. Je propose ainsi dans mes tableaux
l’inanité de l’opposition figuratif/abstrait.
L’œil figure pour voir mais rend abstrait un objet en le
plaçant dans une structure spatiale, culturelle et affective qui
n’est autre que sa mémoire. Les deux notions se tiennent
ainsi en permanence l’une dans l’autre, sont mobiles et
escamotable, intimement liées à notre perception des
images.
Le refus de style, le refus d’unité, la disjonction ou le
choix aléatoire des sources photographiques sont manière
de penser et de peindre. C’est une façon de minimiser le
rôle de l’artiste, son empreinte, et de donner à
l’œuvre le maximum d’autonomie, de vie,
d’échapper au style et à ses facilités.
Les motifs( série Sprachgitter) sont moins des sujets à dépasser qu’une manière de se battre à chaque fois contre le style, d’abolir les rimes formelles, de dépoétiser le tableau, de briser toute vanité, toute virtuosité. Il ne s’agit pas de maîtriser ni d’ordonner. Ma peinture ne cherche pas la constitution d’un objet à saisir, à s’approprier. La figure ou la représentation ne renvoie pas à elle-même. Le regard n’est pas sollicité pour confirmer, au contraire, l’expérience est déroute du multiple. La vision focale est enrichie d’une vision périphérique due aux assemblages et aux cadrages particulièrement perceptibles dans la série Compound.
Pluralité et paternité
Je veux une peinture qui échappe à toute
stabilité et affirme une autre cohérence que celle des
significations. Elle peut éprouver la pluralité, la
précarité des sens, l’ambiguïté pour
mieux prendre son autonomie et ainsi définir les limites de
toute paternité.
L’image, qu’elle relève de l’imagination ou de
sources diverses a une présence prépondérante.
J’emprunte d’ailleurs à Picabia le
procédé de transparence qui consiste à
élaborer une composition en superposant plusieurs images de
nature et d’origine différente (série Sprachgitter).
Les sources photographiques utilisées et recadrées en
gros plan créent une distance et un malaise sur lequel
s’installe un rapport de contemplation. L’importance du
cadrage et du format en rapport avec le sujet à peindre
m’apparut d’autant plus fondamental que ce fut un point de
dialogue que j’ai pu avoir avec Luc Tuymans dans mon atelier en
juin 2004.
vue de l'exposition Soleil Vert-2004 FRAC Auvergne MARQ Clermont Ferrand(de gauche à droite:luc.Tuymans,jean louis Aroldo
L’intensité des couleurs, leur répartition, la
pénétration immédiate dans des motifs sans commune
échelle évoque une sorte de perte des repères
Cette perte est une mise entre parenthèse du monde, une
affirmation du champ pictural, de son polymorphisme et de ses
problématiques liées à l’image. Toute
œuvre, qu’elle soit abstraite ou figurative, n’est
que le véhicule de l’icône. Il s’agit donc
d’exposer les composantes de la peinture et d’explorer le
concept de tableau dans sa totalité.
Compound 2002-2007
L’image réaliste, quelle que soit sa source, est
perturbatrice tant par sa mécanique que par son réalisme.
La subjectivité se trouble. La perception des images devient
opaque alors qu’elle supposerait la plus évidente
subjectivité. C’est sur cette ambiguïté que
repose l’origine précise du choix des images que je
décide de représenter. J’emprunte au cinéma
les techniques du montage, du recadrage ou du très gros
plan ; ce qui me permet de représenter les sujets sous un
angle plus cinématographique que pictural.
J’intègre ainsi abstraction et figuration à une
démarche prenant en compte les liens qui existent entre
peinture, cinéma et photographie. Cette dernière est le
point de départ de mon travail ; à partir de
photographies choisies, j’ai recours simultanément
à des styles différents.
Je prends souvent pour thème des évènements ou des
manifestations historiques, des éléments ayant comme
caractéristiques principales les idées de transformation,
de mutation, de changement.
Ces sources sont souvent ancrées dans des faits réels,
parfois autobiographiques. Cette iconographie tirée
majoritairement des médias (journaux, télévision,
magazines, Internet) est fréquemment retranscrite
recadrée, floue ou épurée. Cela permet
d’aller à l’essentiel, à ce qui lie le plus
évidemment l’image et son sens.
vue de l'exposition Soleil Vert de gauche à droite luc Tuymans, jean louis Aroldo, roland Cognet, eric Poitevin
L’alternance d’effets de distorsion, de brouillage et de
passages plus précis s’appuie sur notre façon de
percevoir les évènements réels : du
détail à l’ensemble, ignorant certaines images ou
se focalisant sur d’autres. Notre perception des
évènements est de ce fait déterminé par la
manière dont ils sont présentés. Le polyptyque
permet ce déplacement et cette mise à distance face
à l’évidence d’une image.
En insérant entre l’œuvre et le spectateur plusieurs
strates, plusieurs sens de lecture ou possibilités narratives,
je tends à révéler le statut transitoire de
l’image. Je ne cherche pas à rendre acceptable une image
peinte mais à interroger le temps et l’influence du
pouvoir psychologique du montage sur l’acte de peindre (effet
Koulechov). Cela m’amène également à
m’interroger sur la place que peut revendiquer la peinture
aujourd’hui face à la prolifération des supports
visuels.